• Marc Fraissinet

Essai d’exploration de l’inconscient par C.G.Jung (1964)




Il n’est pas nécessaire d’utiliser le rêve comme point de départ pour une libre association lorsque l’on veut découvrir les complexes d’un malade. Je me rendis compte que l’on pouvait atteindre le centre de n’importe quel point de la circonférence. On pouvait partir de l’alphabet cyrillique, d’une méditation sur une boule de cristal, un moulin à prière, un tableau abstrait, ou même d’une conversation fortuite à propos d’un événement tout à fait banal : le rêve à cet égard, n’avait ni plus ni moins d’utilité que tout autre point de départ. Et pourtant, les rêves ont une importance qui leur est propre, même s’ils sont souvent suscités par un bouleversement affectif dans lequel les complexes habituels de l’individu sont aussi impliqués (les complexes habituels de l’individu sont les points sensibles de la psyché qui réagissent le plus rapidement à une stimulation, à une perturbation exogène.) Ainsi donc, on pouvait, par la libre association, remonter de n’importe quel rêve aux pensées secrètes qui tourmentent l’individu.


Beaucoup de philosophes, d’artistes et même de savants, doivent quelques-unes de leurs meilleures idées à des inspirations soudaines provenant de l’inconscient. La faculté d’atteindre un filon particulièrement riche de ce matériau et de le transformer efficacement en philosophie, en littérature, en musique ou en découverte scientifique, est ce qu’on appelle communément le génie.


Pour sauvegarder la stabilité mentale, et même la santé physiologique, il faut que la conscience et l’inconscient soient intégralement reliés, afin d’évoluer parallèlement. S’ils sont coupés l’un de l’autre, ou « dissociés », il en résulte des troubles psychologiques. A cet égard, les symboles de nos rêves sont les messagers indispensables qui transmettent des informations de la partie instinctives à la partie rationnelle de l’esprit humain, et leur interprétation enrichit la pauvreté de la conscience, en sorte qu’elle apprend à comprendre de nouveau le langage oublié des instincts.


Mais, l’homme contemporain soutient sa croyance au prix d’un remarquable défaut d’introspection. Il ne voit pas que, malgré son raisonnement et son efficacité, il est toujours possédé par des « puissances » qui échappent à son contrôle. Ses dieux et ses démons n’ont pas du tout disparu. Ils ont simplement changé de nom. Ils le tiennent en haleine par de l’inquiétude, des appréhensions vagues, des complications psychologiques, un besoin insatiable de pilules, d’alcool, de tabac, de nourriture, et surtout par un déploiement impressionnant de névroses.


Ce que nous appelons « la conscience de l’homme civilisé » n’a cessé de se séparer des instincts fondamentaux. Mais ces instincts n’ont pas disparu pour autant. Ils ont simplement perdu contact avec notre conscience et sont donc forcés de s’affirmer d’une manière indirecte. Ils peuvent le faire par le moyen de symptômes physiologiques, dans le cas d’une névrose, ou au moyen d’incidents divers, comme par exemple des humeurs inexplicables, des oublis inattendus, des lapsus. L’homme aime à se croire maître de son âme. Mais tant qu’il est incapable de dominer ses humeurs et ses émotions, ou de prendre conscience des multiples manières qu’ont les facteurs inconscients de s’insinuer dans ses projets et dans ses décisions, il n’est certainement pas maître de lui-même. Ces facteurs inconscients doivent leur existence à l’autonomie des archétypes.


L’homme moderne ne comprend pas à quel point son « rationalisme » (qui a détruit sa faculté de réagir à des symboles et à des idées numineuses) l’a mis à la merci de ce monde psychique souterrain. Il s’est libéré de la « superstition » (du moins il le croit) mais ce faisant, il a perdu ses valeurs spirituelles à un degré alarmant. Ses traditions morales et spirituelles se sont désintégrées, et il paie cet effondrement d’un désarroi et d’une dissociation qui sévissent dans le monde entier.


A mesure que la connaissance scientifique progressait, le monde s’est déshumanisé. L’homme se sent isolé dans le cosmos, car il n’est plus engagé dans la nature et a perdu sa participation affective inconsciente avec ses phénomènes. Et les phénomènes naturels ont lentement perdu leurs implications symboliques. Le tonnerre n’est plus la voix irritée d’un dieu, ni l’éclair son projectile vengeur. La rivière n’abrite plus d’esprits, l’arbre n’est plus le principe de vie d’un homme, et les cavernes ne sont plus habitées par des démons. Les pierres, les plantes, les animaux ne parlent plus à l’homme et l’homme ne s’adresse plus à eux en croyant qu’ils peuvent l’entendre. Son contact avec la nature a été rompu, et avec lui a disparu l’énergie affective profonde qu’engendraient ses relations symboliques.


C’est ce qui explique la résistance et même la peur que les gens éprouvent souvent en touchant à ce qui concerne l’inconscient. Car il ne s’agit pas de survivances qui seraient neutres ou indifférentes. Au contraire, elles sont si chargées d’énergie que très souvent elles provoquent plus que du malaise. Elles peuvent provoquer une peur très réelle. Et plus elles sont refoulées, plus leur empire s’étend sur la personnalité entière sous forme de névrose.


Comme l’évolution de l’embryon retrace les étapes de la préhistoire, l’esprit traverse lui aussi une série de stades préhistoriques. La principale tâche des rêves est de rappeler à notre souvenir, cette préhistoire, et le monde de l’enfance, jusqu’au niveau des instincts les plus primitifs. Ce rappel peut avoir, comme Freud l’a remarqué il y a longtemps, un effet thérapeutique remarquable. Cette observation confirme le point de vue selon lequel les lacunes dans les souvenirs d’enfance (une prétendue amnésie) représentent une perte affective, et la remémoration un accroissement de vie et de bien-être.

Du fait que l’enfant est petit, que ses pensées conscientes sont rares et simples, nous ne comprenons pas que les complications de la mentalité enfantine, et leur ampleur, proviennent de son identité originelle avec la psyché préhistorique. Cet esprit originel est tout aussi présent, tout aussi actif dans l’enfant, que les stades de l’évolution physiologique de l’humanité le sont dans son embryon.


Notre intellect a créé un nouveau monde fondé sur la domination de la nature, et l’a peuplé de machines monstrueuses. Ces machines sont si indubitablement utiles que nous ne voyons pas la possibilité de nous en débarrasser, ni d’échapper à la sujétion qu’elles nous imposent. L’homme ne peut s’empêcher de suivre les sollicitations aventureuses de son esprit scientifique et inventif et de se féliciter de l’ampleur de ses conquêtes. Cependant, son génie montre une tendance inquiétante à inventer des choses de plus en plus dangereuses qui constituent des instruments toujours plus efficace de suicide collectif.


L’homme devant l’avalanche rapidement croissante des naissances, cherche les moyens d’arrêter le déferlement démographique. Mais il se pourrait que la nature prévienne ses efforts en tournant contre lui ses propres créations. La bombe H arrêterait efficacement la surpopulation. Malgré l’orgueilleuse prétention que nous avons de dominer la nature, nous sommes encore ses victimes, parce que nous n’avons pas encore appris à nous dominer nous-mêmes.


Comme tout changement doit commencer quelque part, c’est l’individu isolé qui en aura l’intuition et le réalisera. Ce changement ne peut germer que dans l’individu, et ce peut-être dans n’importe lequel d’entre nous. Personne ne peut se permettre d’attendre, en regardant autour de soi, que quelqu’un d’autre vienne accomplir ce qu’il ne veut pas faire. Malheureusement, il semble qu’aucun de nous ne sache quoi faire ; peut-être vaudrait-il la peine que chacun s’interroge, en se demandant si son inconscient ne saurait pas quelque chose qui pourrait nous être utile à tous. La conscience semble assurément incapable de nous venir en aide. L’homme, aujourd’hui, se rend douloureusement compte que ni ses grandes religions, ni ses diverses philosophies, ne paraissent lui fournir ces idées fortes et dynamiques qui lui rendraient l’assurance nécessaire pour faire face à l’état actuel du monde.



Marc Fraissinet hypnopraticien à Poitiers vous reçoit pour des séances d'hypnose dans son cabinet.

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