Dialectique du Moi et de l’inconscient par Carl Gustav Jung (1933)


On a tendance en générale, surtout dans le grand public, à associer au terme de complexe la nuance sous-entendue de « pathologique ». Rien n’est plus faux. Ensembles idéo-affectifs à forte charge émotionnelle qui se sont formés au cours de la vie personnelle du sujet, les complexes sont des constituants normaux de la psyché normale. Un être sans complexes serait un débile idéatif et affectif. Mais, naturellement, comme toutes les structures humaines, les complexes, de constituants normaux et nécessaires qu’ils sont au départ, peuvent subir en qualité, quantité et intensité, toutes les malformations et déviations pathologiques possibles et imaginables.

La voie de l’individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et dans la mesure où nous entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable, il s’agit de la réalisation de son soi, dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d’ « individuation » par « réalisation de soi-même », « réalisation de son Soi ».

La réalisation de son soi se situe à l’opposé de la dépersonnalisation de soi-même. Prendre l’individuation et la réalisation de son Soi pour de l’égoïsme est un malentendu tout à fait commun ; car les esprits font en général trop peu de différence entre l’individualisme et l’individuation. L’individualisme accentue à dessein et met en relief la prétendue particularité de l’individu, en opposition aux égards et devoirs en faveur de la collectivité. L’individuation, au contraire, est synonyme d’un accomplissement meilleur et plus complet des tâches collectives d’un être, une prise de considération suffisante de ses particularités permettant d’attendre de lui qu’il soit dans l’édifice social une pierre mieux appropriée et mieux insérée que si ces mêmes particularités demeuraient négligées ou opprimées.

Nous voici à nouveau confrontés avec la question capitale, qui est de savoir en quoi consistent les processus inconscients, et de quelle nature ils sont. Naturellement tant qu’ils demeurent inconscients on ne peut rien savoir ni rien dire à leur sujet. Mais, de temps en temps, en certaines occasions, ils se manifestent, soit par des symptômes, soit pas des attitudes, des actions, des opinions, des émotions, des fantasmes, des imaginations et des rêves.

Toute notre expérience actuelle nous permet d’affirmer que les processus inconscients se situent dans une position de compensation par rapport au conscient. J’utilise à dessein le mot « compensation » et non celui de « contraste », car le conscient et l’inconscient ne s’opposent pas nécessairement, mais se complètent réciproquement, formant à eux deux un ensemble, le Soi. Comme le laisse entendre cette définition, le Soi est une entité « sur-ordonnée » au Moi. Le Soi embrasse non seulement la psyché consciente, mais aussi la psyché inconsciente, et constitue de ce fait pour ainsi dire une personnalité plus ample que nous sommes aussi.

Toute notre expérience actuelle nous permet d’affirmer que les processus inconscients se situent dans une position de compensation par rapport au conscient. J’utilise à dessein le mot « compensation » et non celui de « contraste », car le conscient et l’inconscient ne s’opposent pas nécessairement, mais se complètent réciproquement, formant à eux deux un ensemble, le Soi. Comme le laisse entendre cette définition, le Soi est une entité « sur-ordonnée » au Moi. Le Soi embrasse non seulement la psyché consciente, mais aussi la psyché inconsciente, et constitue de ce fait pour ainsi dire une personnalité plus ample que nous sommes aussi

L’inconscient possède une mentalité instinctive ; il ne connaît pas de fonctions différenciées ; il ne pense pas ainsi que nous entendons l’action de « penser ». Il se borne à créer des images qui répond, un peu à la manière d’un écho, à la situation du conscient, image qui recèle aussi bien des sentiments que des idées, et qui n’est rien moins qu’un produit de réflexions rationnelles. Une telle image se rapproche beaucoup plus d’une vision artistique que de la réflexion intellectuelle.

Il est infiniment probable que nous sommes encore fort éloignés du sommet d’une conscience absolue ; il en résulte par conséquent que chacun est vraisemblablement capable d’un degré de conscience plus élevé ; c’est pourquoi on est en droit de supposer que les processus inconscients rameutent partout et toujours des contenus, pour les mener vers le conscient, qui, sils y étaient accueillis et reconnus, élargiraient considérablement son périmètre et son horizon. Dans cette perspective, le conscient apparaît comme un domaine d’expérience d’une extension indéterminée et imprécisable.

Nous sommes partis de la constatation que, au cours d’un affect, on livre souvent involontairement les vérités de « l’autre côté » (inconscient) ; cadre de dialogue, comme si l’affect était précisément un interlocuteur qu’il faut laisser se manifester, en faisant abstraction de tout esprit critique. Mais, ceci une fois accompli, l’émotion ayant en quelque sorte jeté son venin, il faut alors consciencieusement soupeser ses dires comme s’il s’agissait d’affirmations énoncées par un être qui nous est proche et cher. C’est pourquoi il est indiqué d’utiliser ces moments d’émotions pour donner à « l’autre côté » l’occasion de s’exprimer. C’est pourquoi l’on pourrait dire qu’il faut se cultiver dans l’art de se parler à soit même, au sein de l’affect, et d’utiliser celui-ci, en tant que cadre de dialogue. Il ne faut d’ailleurs pas s’arrêter en cours de route, les thèses et les antithèses devant être confrontées les unes avec les autres jusqu’à ce que la discussion ait engendré la lumière et acheminé le sujet vers une solution satisfaisante. Pour ce qui est de cette dernière, seul le sentiment subjectif pourra décider. Naturellement, en pareil débat, biaiser avec soi-même et chercher des faux-fuyants ne nous serviraient de rien.

Il nous faut nous arrêter encore à cette crainte que nous les Occidentaux entretenons à l’égard de « l’autre côté ». Il nous faut en effet nous avouer – en faisant abstraction du fait même qu’elle est une réalité existante – qu’elle n’est pas dénuée de tout fondement. Nous n’avons aucune difficulté à comprendre la peur de l’enfant ou du primitif devant le vaste monde. Or, c’est la même peur que nous éprouvons sur le versant intérieur de notre être, où nous sommes encore pareils à des enfants balbutiants. Ainsi, cette angoisse de « l’autre côté », nous l’éprouvons comme une émotion, comme un affect, sans nous douter qu’elle est la peur du monde, monde qui nous demeure invisible. Envers ce dernier, nous avons tout au plus ou de simples préjugés théoriques ou des représentations superstitieuses. Notre situation n’est vraiment pas enviable : ainsi, nous ne pouvons même pas prononcer le terme d’inconscient en présence de certaines personnes, fussent-elles cultivées, sans nous voir aussitôt accusés de mysticisme.

L’inconscient est un ensemble de processus naturels qui sont situées par-delà le plan personnel et humain. Seule notre conscience est « personnelle ». C’est pourquoi quand je parle de « provoquer l’inconscient », je ne veux pas dire que l’inconscient est en quelque sorte offensé et que – à l’instar des dieux des anciens – par jalousie et vengeance il tient rigueur aux hommes. Ce que je veux dire par là se rapproche plus d’une erreur dans la diététique psychique qui fait perdre son équilibre à un système digestif. L’inconscient réagit automatiquement, un peu comme un estomac qui, de façon figurée, se venge des excès ou des erreurs inassimilables qu’on lui impose. Quand je prétends exercer ma domination sur mon propre inconscient, je commets là une faute semblable dans la diététique psychique, j’assume une attitude qui me convient mal et qu’il vaut mieux éviter, dans l’intérêt de mon propre bien-être.

Le Soi pourrait être caractérisé comme une sorte de compensation du conflit qui met aux prises le monde extérieur et le monde intérieur. Cette formule offre des attraits dans la mesure où le Soi a, grâce à elle, le caractère de quelque chose qui est un résultat, un but atteint, quelque chose qui n’a pu que se rassembler progressivement et dont on ne peut faire l’expérience qu’au prix de bien des peines et de bien des efforts. Ainsi le Soi est aussi le but de la vie, car il est l’expression la plus complète de ces combinaisons du destin que l’on appelle un individu ; et non pas seulement le but de la vie d’un être individuel, mais aussi de tout groupe au sein duquel l’un complète l’autre en vue d’une image et d’un résultat plus complets.

Carlgustavejung

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